Journal le SALUT PUBLIC DU 31 mars 1933
L’oppidum
des côtes de Clermont
Demain, M. Maurice Busset donne à Lyon une conférence sur sa découverte.
La découverte par M. Maurice Bussct d’un oppidum gaulois sur le plateau des Côtes de Clermont. semble ouvrir une ère
de débats scientifiques qui nous promettent quelques à côtés pittoresques. Déjà un incident s’est produit qui n’est pas dépourvu de quelque fantaisie Deux graves fonctionnaires du ministère des Beaux-Arts ont été envoyés à Clermont pour étudier la question de savoir si le ministère devait, classer comme monuments historiques les constructions découvertes par M.Bussct. Les deux fonctionnaires sont rentrés à Paris et ont remis au ministre un rapport déclarant qu’il n’v avait, pas lieu à classer. La fantaisie de ce voyage est que les examinateurs du ministère n’ont vu à Clermont ni M. Busset, auteur de la découverte, ni M. le recteur de l’Académie, ni M. Audollent, doyen de la Faculté des Lettres, éminent spécialiste en recherches sur les antiquités arvernes. Espérons du moins que les enquêteurs auront visité les côtes de Clermont. Cette petite aventure indique que nous tenons,avec les côtes de Clermont un Glozel de grande envergure. Gare aux procès entre
‘les côtes et Gergovia* !Ces prévisions redoublent l’intérêt de la conférence qui doit faire demain soir, samedi, au grand amphithéâtre do l’Université de Lyon, quai Claude-Bernard, M.Maurice Busset . M, Maurice Busset n’est pas un pâtre qui aurait trouvé au hasard des cailloux intéressants pour les savants. Il est un savant en même temps qu’un artiste. Il est un universitaire. Et il a consacré sa vie à des recherches sur les vestiges de la lutte qui se livra en Auvergne entre Jules César et Vercingétorix. Il a étudié cette lutte dans les « Commentaires » tout en en recherchant les traces sur les plateaux des environs do Clermont. C’est donc un homme armé pour la discussion qui va nous parler de Gergovie. Ajoutons que les travaux antérieurs de M. Maurice Busset, sont grandement appréciés par les savants clermontois. Enfant de l’Auvergne, M. Maurice Busset, dès sa jeunesse, consacra son talent de peintre et de dessinateur aux aspects de son pays. Son œuvre artistique est considérable. Il devint professeur de Lycée et, après un passage au Lycée Henri IV, revint à Clermont, pour y prendre les fonctions de conservateur du Musée.Depuis longtemps, la vérité officielle—qui peut fort bien être la vérité — place l’oppidum de Gergovie où César fut mis en échec par Vercingétorix, sur un plateau situé à cinq kilomètres au sud de Clermont. Nos lecteurs savent comment la découverte par M. Busset d’une véritable ville sur le plateau des Côtes do Clermont, à deux kilomètres au nord do la ville, amène beaucoup de savants à se poser la question. « L’oppidum découvert par M. Busset ne serait-il pas Gergovie, plutôt que les maigres vestiges qui ont donné son titre au Gergovie officiel ? »Ce n’est, pas d’hier que M. Maurice Busset travaille sur les Côtes de Clermont. Il y a. deux ans, chargé d’exécuter pour la nouvelle Préfecture du Puy-de-Dôme une série de fresques, M. Maurice Busset voulut consacrer une de ces fresques à la bataille de Gergovie. Il voulut s’entourer de toutes les certitudes archéologiques possibles. Il étudia le plateau de Gergovie et y chercha vainement vestiges de forteresse ou de bataille.Au cours d’une excursion sur le plateau des Côtes de Clermont, en mars 1932, M.Busset remarqua un éboulement de talus pierreux. Il vit ensuite que cet éboulement avait mis à jour des chambres coniques.
Ayant déblayé l’intérieur des voûtes de ces chambres, l’artiste découvrit des. objets de poterie.M. Busset fit part de ses découvertes àM. Audollent, doyen de la Faculté des Lettres de Clermont, dont l’autorité est grande, en matière d’antiquités arvernes et romaines. Encouragé par le savant,l’artiste poursuivit ses recherches. Elle sont abouti à la mise à jour de cet ensemble do constructeurs de fondations, demurs, qui représentent une ville qui fut habitée et entourée de fortifications. Des monnaies, des fragments de céramique permettent de dater l’époque ou cette salle cessa d’être habitée. Cette date coïncide avec la guerre des Gaules.
Quel rôle. M. Maurice Busset attribue t-il à la cité qu’il a découverte ? En fait-il Gergovie avec certitude ? Envisage-t-il quelque autre hypothèse ? C’est ce que les Lyonnais apprendront de lui, en même temps qu’il les instruira, par sa conférence et par des projections, des détails surprenants de ses découvertes.
