Extrait du journal Le Monde du 10 février 1970
Clermont-Ferrand. – Chaque année, à Montferrand – qui, après avoir été des siècles durant la cité voisine de Clermont et sa rivale, en est devenu un quartier, – est organisée une manifestation économique qui est, à coup sûr, une des plus anciennes d’Europe : la foire aux peaux de bêtes à fourrure, dite de la Sauvagine, dont l’origine remonte à l’époque médiévale.
Il fut un temps où les deux principaux marchés européens de la fourrure étaient la foire de Nijni-Novgorod et la Sauvagine de Montferrand. Celle-ci se déroule depuis des temps immémoriaux le vendredi précédant l’ouverture du carême : elle a donc eu lieu cette année vendredi dernier.
Cette manifestation, autrefois d’un haut relief, est loin d’avoir aujourd’hui l’ampleur de jadis. Sur les tréteaux dressés en arcs-de-cercle, sur la place de la Fontaine, les peaux de fouines, de putois, de blaireaux et de renards étaient amoncelées. Les transactions s’opéraient dans une atmosphère empuantie par les senteurs fauves des peaux séchées. Celles-ci étaient si tenaces que le vent d’ouest, toujours très vif, ne pouvait parvenir à les dissiper. Jadis, vendeurs et négociants étaient à pied-d’œuvre dès la veille de la foire et ils ne s’en retournaient généralement pas avant le lendemain. Les importants » messieurs » du négoce, souvent étrangers, reconnaissables à la traditionnelle blouse blanche protégeant leur costume de ville, représentaient pour l’hôtellerie locale une clientèle de choix
Le spectaculaire renouveau enregistré immédiatement après la guerre n’a pas eu de lendemain, et le déclin de la Sauvagine s’accélère. Le téléphone permet maintenant des transactions sans déplacement. L’apport des fourrures provenant des bêtes d’élevage est énorme, et le nylon a détrôné le poil des blaireaux dans la fabrication de l’accessoire de toilette du même nom. Il faut bien dire aussi que le piégeage compte de moins en moins d’adeptes : » l’homme des bois « , à la fois trappeur et braconnier, grand expert dans la capture des bêtes à fourrure, est un personnage qui tend à disparaître.
Cette foire à la Sauvagine que j’ai bien connue n’existe plus depuis plusieurs dizaines d’années.
